Delphine Eyssautier

Professeur agrégé de grammaire
Didactique et pédagogie du Français - Bien être et scolarité

Biographie

Après des études de lettres classiques à la Sorbonne et un travail de recherche en sémantique grecque, j’ai enseigné pendant 4 ans dans des collèges ZEP, puis 9 ans en lycée. En 2013, j’ai rejoint l’ESPE de l’UNC où je suis responsable de la formation MEEF parcours « Lettres modernes ».

Je suis intéressée par les interactions entre praticiens et chercheur, ce qui m’a amenée à organiser en 2016 un cycle de séminaires intitulés : « Bien vivre sa scolarité en Nouvelle-Calédonie ».
1. Apprendre autrement : une école ou des écoles ?
2. La médiation par les pairs, un remède contre violence et mal-être à l’école
3. Je décroche, tu décroches, et si on raccrochait ? Des établissements pour retrouver son chemin.

« Bien vivre sa scolarité en Nouvelle-Calédonie », organisé par le Laboratoire Interdisciplinaire de Recherche en Éducation (LIRE), ESPE de l’Université de la Nouvelle-Calédonie

Depuis le milieu du XXe siècle, dans un contexte marqué par une évolution rapide des modes de vie et de la famille, le rôle dévolu à l’école n’a cessé de croître. Par exemple, si elle conserve sa fonction première d’apprentissage des savoirs, il lui incombe désormais de contribuer à l’instruction des enfants, en complément de la famille ou quand cette dernière ne peut ou ne veut remplir le rôle qui est traditionnellement le sien dans la société. Pour atteindre leurs objectifs de socialisation, d’éducation, de formation et d’instruction, la famille et l’école doivent proposer à l’enfant un cadre bienveillant sans lequel il est difficile d’instaurer le climat de confiance attendu et une relation équilibrée. C’est une condition essentielle pour permettre le bien-être de l’enfant dans sa famille comme de l’élève dans son école. Trop souvent, il suffit que la famille ou l’école ne remplisse pas correctement sa mission pour que le bien-être se transforme en mal-être, pour que les dysfonctionnements de la famille rejaillissent sur l’école, et réciproquement.

Si ces constats s’imposent aujourd’hui comme une évidence, ce n’est en réalité qu’assez récemment que l’institution scolaire s’est posé la question du regard que les élèves portaient sur elle. Jusque-là, le fait de bien vivre sa scolarité semblait aller de soi ou n’était pas considéré comme important. Cette nouvelle approche a connu une impulsion significative à la suite de l’adoption de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant qui, en 1989, affirme notamment que « l’école doit viser à favoriser l’épanouissement de la personnalité de l’enfant ». Les pays anglo-saxons et scandinaves ont été les premiers à faire du bien-être des élèves une priorité de leurs politiques éducatives, avant d’être rejoints par d’autres, et notamment par le système éducatif français depuis quelques années. Cette évolution ne signifie pas que l’objectif de favoriser la réussite scolaire pour tous est abandonné mais l’idée est de donner une place plus grande à l’épanouissement personnel de chacun au sein du système. Or cela survient au moment même où la démocratisation de l’éducation a entraîné une diversification de plus en plus grande des publics scolaires. Dorénavant, l’enfant ne doit pas vivre sa scolarité comme une contrainte ou une obligation, mais il doit d’abord « aimer l’école ». Cette ambition cherche à accroître la motivation des élèves pour qu’ils s’impliquent davantage dans leur formation et améliorent ainsi leurs résultats académiques. Bien-être et réussite scolaire sont donc liés dans la mesure où le premier est une des conditions de la seconde. C’est la raison pour laquelle bien vivre sa scolarité est devenu un axe majeur des nouvelles politiques de réussite éducative.

En Nouvelle-Calédonie, il n’existe pas aujourd’hui de réel indicateur permettant de mesurer le niveau de bien-être des élèves et les signaux perceptibles dans la vie quotidienne ou dans l’actualité sont assez contradictoires. Chaque année, la rentrée scolaire est un temps fort de la vie du territoire et de multiples actions sont menées pour proposer aux élèves des projets dont on imagine mal qu’ils n’emportent pas leur adhésion (voyages et sorties pédagogiques, participation à des événements culturels, valorisation des différentes cultures présentes dans la société, organisation d’événements festifs, etc.). De même, l’idée que l’école est un instrument nécessaire du rééquilibrage, et donc un vecteur de reconnaissance et d’ascension sociales, est souvent exprimée. Toutefois, d’un autre côté, on ne peut pas ignorer qu’en Nouvelle-Calédonie l’école apparaît aux yeux d’une partie de la population comme un élément importé de l’extérieur par la colonisation, ce qui implique méfiance et, parfois, rejet à son égard. En outre, les dégradations dont certaines écoles sont régulièrement la cible expriment le peu de considération que certains jeunes, qui y sont même parfois scolarisés, ont pour elles. Enfin, les très fortes inégalités scolaires qui existent encore aujourd’hui en Nouvelle-Calédonie pourraient laisser penser que l’épanouissement par la réussite scolaire est plus facile pour certains que pour d’autres.

Partant de cette réalité complexe, à savoir le fait que bien vivre sa scolarité n’est pas, en Nouvelle-Calédonie comme ailleurs, une réalité pour tous les élèves, se pose la question des outils pour permettre de mieux vivre sa scolarité. Cette démarche implique de porter son attention sur une multitude de facteurs sans lesquels l’épanouissement personnel de l’élève semble aujourd’hui impossible. C’est pourquoi les rencontres organisées par le LIRE se proposent d’alimenter la réflexion sur le renforcement du bien-être des élèves calédoniens en centrant leur propos sur la présentation et l’analyse de dispositifs et de projets pensés pour les écoles de la Nouvelle-Calédonie, ce qui n’exclut pas pour autant l’étude de contextes différents. Il s’agit, à l’occasion de rencontres ponctuelles, de se saisir de ce qui se fait pour échanger, débattre, nourrir notre réflexion, en sortant des sentiers battus ou en portant un regard analytique sur des pratiques devenues courantes, voire éculées : pourquoi, pour quoi, pour qui ça marche.

Ces rencontres ont donc pour objectif d’être des lieux d’écoute et d’échange pour des chercheurs et l’ensemble des acteurs du système éducatif autour des axes suivants.

  1. Le degré de bien-être des élèves au sein du système éducatif calédonien
    – mesurer le niveau de bien-être des élèves en Nouvelle-Calédonie
    – comparer le niveau de bien-être des élèves de la Nouvelle-Calédonie avec celui des élèves de son environnement proche ou plus lointain
    – identifier les facteurs potentiels et/ou avérés de mal être au sein de l’école
    – mettre en évidence la diversité de la perception et de la réalité du bien-être à l’école en fonction de plusieurs facteurs (cultures d’origine, filles/garçons, écoles/collèges/lycées…)
  2. Faire de l’acceptation des différences un facteur de bien-être
    – accueillir tous les élèves dans leur diversité au sein de l’école
    – apprendre à connaître et à accepter l’autre dans sa différence, par exemple grâce à la laïcité
    – lutter contre les discriminations pour garantir l’égalité au sein de l’école
    – accepter et faire vivre l’ensemble des cultures d’origine des élèves au sein de l’école
  3. Le bien-être, pour soi et avec les autres
    – construire l’estime de soi et transmettre le respect des autres
    – fortifier le sentiment d’appartenance à un établissement scolaire
    – provoquer ou asseoir des comportements permettant de vivre sa scolarité en bonne santé physique et mentale
    – favoriser un vivre ensemble dans lequel les élèves coopèrent et nouent des relations de camaraderie et d’entraide
    – développer une attitude bienveillante des professeurs et personnels d’éducation à l’égard des élèves
  4. Des structures éducatives propices au bien-être de l’élève
    – permettre aux élèves d’être scolarisés dans un environnement accueillant
    – instaurer un climat scolaire dans lequel l’élève se sent en sécurité au sein de son établissement et à ses abords
    – lutter contre les violences, les incivilités, les moqueries et brimades, le harcèlement à l’école
    – développer des dispositifs de médiation pour résoudre les conflits entre les élèves, ou entre les élèves et les professeurs et personnels d’éducation
    – renforcer la justice éducative en valorisant les compétences et les efforts des élèves
  5. Le bien-être dans et hors de l’école
    – impliquer les parents d’élèves dans la scolarité de leurs enfants et dans la vie des établissements scolaires
    – généraliser une orientation active qui tienne compte du projet de l’élève
    – mettre en harmonie le temps éducatif et le temps de l’enfant
    – mettre en œuvre des projets insérant pleinement l’école dans la société d’aujourd’hui (accueil d’acteurs de la société civile, sorties éducatives et pédagogiques, maîtrise responsable des outils de communication …)